« Les poilus aveyronnais ont la parole » par les lycéens de Louis Querbes

Lettres de soldats aveyronnais…

Aurillac le 5 août 1914

Chers Parents

Nous voilà sur la veille de partir sur la frontière pour aller tuer des Allemands si nous le pouvons. Tous les réservistes qui rentrent sont bien content. J’ai trouvé hier […] et Henri Carrié et beaucoup d’autres. Ils ont tous bon courage aussi ce qui nous encourage. Mais de voir le monde qui arrive l’on se demande d’où ils sortent. Henri Carrié ma dit que Cabanettes Louis et Ayrolles Salesse et Burguière étaient partis. Je ne sais pas comment que vont faire les femmes à la maison. Je crois bien qu’ils vont faire rentrer la classe 1914 tel que Casimir malgré qu’il soit ajourné ainsi que tous les camarades mais eux ne seront pas dangereux mais ils vont les travailler. J’ai reçu le mandat télégraphique de vingt francs qui m’a fait bien plaisir mais encore j’aurais attendu quelques jours. Je termine car j’ai mal à la tête. Je viens de passer la nuit en sentinelle et encore nous n’avons pas fini car nous commençons demain 6 août a nous mettre en route probablement Belfort. Au revoir chers parents, frère et sœurs je vous embrasse bien tous.

Votre fils qui vous aime

Albert Pouget

139e  10e compagnie

(Lettre d’Albert Pouget à sa famille. 5 août 1914)

Toulon, 9 août 1914

Ma chère Maria,

Notre petite fête habituelle du dimanche a-t-elle été meilleure que celle qu’elle a été jadis ? Je ne crois pas, ici de même, tant pis. As-tu des nouvelles : Urbain, Henri, Delsol, Bonnemaire ? Le bonjour à tous les voisins.

Le commerce, veaux, animaux de toute espèce doit être lésé.

Comment vont nos parents ? Dis-leur tout ce que je peux penser de bons pour eux. Aurélie (sœur de Maria) doit être venue te voir. (suit une lettre qui paraît compléter la carte J’ai été hier soir à la cathédrale de Toulon, crois-moi ma chère Maria, toutes les femmes qui pleurent ne sont pas à Auzits. J’en ai vu des personnes de tout âge et condition implorer la grâce de Dieu et le secours de la Sainte Vierge ou aux différents autels, il y en a peut-être 20. J’ai vu une mère avec 2 petites filles, une de chaque côté, guère plus âgées que les nôtres, prosternées aux pieds de Marie. Mon cœur a été transpercé de part à autre part. Je ne sais quoi, je t’ai vue en ce moment, toi aussi en prière avec nos 2 petites et ma très chère tante implorer force et courage dans l’épreuve. Je me suis uni à vous et du fond de mon cœur, j’ai fait des prières réciproques. Je suis sorti réconforté. Ce ne sera pas la dernière fois, je me suis promis d’y revenir ce soir et tous les jours et tous les jours qu’il me sera possible tant que je serai à Toulon…

Toulon…

Quel  temps fait-il à Auzits ? Ici il fait un temps splendide qui serait très bien pour sécher le regain. Faites le bien sécher quand vous le couperez, si possible. Entrez le autant que possible à la chambre basse ou au galetas (partie désaffectée de la la maison, attenant à la grange) ainsi que la luzerne des Combarelles.

La vigne doit être toujours jolie. Si est-il fait un quelconque travail ? L’oïdium persiste-t-il ? ou la farine si tu veux. Fais-y promener Fargal le dimanche si possible.

Quand il fera un jour de pluie, tu pourrais me faire laver le petit tonneau, comme il faut, à Ernest. Il n’y a guère besoin de monter plus haut que la marque du vin de l’année dernière. Quand il sera lavé, il faudra bien le sécher avec un torchon proche et y rentrer tous les 2 ou 3 jours pour le frotter à nouveau et cela pendant 15 jours. Tâche de faire venir Ernest pour garder les vaches le dimanche soir si tu en as besoin.

Il a paru, ici sur les journaux, une circulaire disant qu’on accorderait l’allocation aux soutiens de famille. Tu sais, j’ai touché quand on était au Larzac. Tu t’informeras auprès du Maire ou de Mr Malgouyre qui est très gentil. Tu toucherais au moins 1,3 F par jour et peut-être 1,4.

Voilà à peu près ce que j’ai à te dire aujourd’hui. Vas-tu assez bien ainsi que notre chère tante et les petits anges ?…

Toulon, 7 heures du soir

Ma chère Maria,

C’est toujours à 7 h du soir que je t’écris cette carte. Après la soupe, on a le loisir de sortir en ville. Malheureusement, cela ne durera peut-être pas. Nous partirons, un jour ou l’autre pour… ? L’inconnu.

Je me porte très bien et je te souhaite du fond de mon cœur pareil avantage. Ne vous faites pas de mauvais sang sur mon compte. Je te prie bien chère Maria de m’oublier pour quelque temps toutefois, autant que ce sera possible, tu me donneras des nouvelles. Ne te tracasse pas sur mon sort quand même tu n’aurais pas de nouvelles de quelque temps. Il peut se faire qu’on arrête la circulation du courrier jusqu’à la fin de la guerre. J’écrirai autant que possible…

Non datée

Le plus dur est de savoir que je suis en bonne santé et que nous marchons. Ces jours-ci, nous avons pu nous procurer quelque bon quart de vin, je n’ai jamais été malade ; on a quelque fois été fatigué mais jamais on n’a souffert de le faire. C’est étonnant comme les vivres nous arrivent le soir. Quant à la marche en avant (vers le front ?) c’est quelque fois facile, d’autres fois pas trop ; mais on y va quand même et on n’est content que quand on va dans ce sens. C’est ce que nous faisons depuis longtemps, tout doucement sans s’emballer ; plus d’imprudence, comme en commençant la campagne. Bon alors, ayez confiance. Aujourd’hui, je suis ici, demain autre part.

Je finirai par revenir à Pichoultres. Je reviendrai coucher « al liech del cambru » (au lit de la petite chambre) et les boches iront par delà le Rhin. En attendant, je vous dis comme toujours : donnez-moi des nouvelles de tout, de tous.

(Lettres de Cyprien……. A sa famille. 9 août et jours suivants 1914. Il tombera au front le 9 septembre 1914)

15 mai 1917

Mademoiselle,

[…] C’était le 9-9. Nous nous étions battus le 8 avec acharnement à Vassincourt (Meuse). Notre 10e Cie avait beaucoup souffert, nous avions perdu la moitié des effectifs et le 9, dans l’après-midi, il nous fallut monter à l’assaut des positions allemandes. Nous tombâmes sur une poignée de boches, une cinquantaine environ. C’était dans un guêpier que nous étions tombés car nous leur criâmes de mettre bas les armes et il n’y eut rien à faire. Alors se déclencha une fusillade terrible.

Je ne sais pas comment j’ai pu m’en sortir car les Allemands avaient une mitrailleuse cachée qui nous fauchait comme des mouches. Nous fûmes obligés de battre en retraite et le soir, quand on fit l’appel nous étions 67 à la compagnie et malheureusement votre frère fut au nombre des manquants. Quant à moi, je ne peux vous dire que je l’ai vu tomber. Je supposai avec mes camarades que votre frère avait été tué ou fait prisonnier mais quant à l’affirmer je ne peux pas. Si nous étions restés là quelque temps, j’aurais fait le possible avec mes camarades pour le rechercher mais dès le lendemain, nous reprîmes la marche en avant.

Nous avançâmes pendant deux jours et ensuite on nous envoya du côté de Verdun. Quoique n’étant pas restés très longtemps ensemble, du 27-8 au 9 septembre, je l’estimais comme bon camarade et j’ai été vivement peiné quand j’ai su qu’il manquait à l’appel.

(Lettre de Marcenac Auguste de Grandmas près de Marcillac à Gabrielle, sœur de Cyprien, à propos de sa disparition)

30 septembre 1914

Bien chère sœur,

C’est plutôt à la maison que j’écris. Nous avons passé quelque temps que nous n’étions pas en danger. Quand nous avons quitté l’endroit où nous étions le 7 -(nous y sommes restés 2 jours)- nous sommes revenus dans un bois où ils nous avaient tenus longtemps. Mais le matin, ils ont décampé, ils ont abandonné le terrain. A partir de ce moment, nous avons changé de région et sommes restés, le 2ème bataillon, comme réserves de la division. On nous a rapportés sur les lignes que depuis 3 jours. En ce moment, je suis dans une tranchée que nous avons creusée cette nuit. Les obus, les nôtres et les leurs font un pétard d’enfer ; sur nous rien encore. Enfin chez nous, nous avançons… Nous n’avons pas de nouvelles du front.

Comme tu dis le Général de Castelnau a été félicité. Le nôtre qui commandait le 15è et le 143è, un brave Alsacien aux cheveux blancs, a été tué il y a trois jours par un éclat d’obus. Notre Colonel, alsacien aussi, commande la brigade. Je t’en dis bien long cette fois-ci. T’arrivera-t-elle ? Je reçois du papier dans toutes les lettres. Continuez de m’en envoyer, une ou deux feuilles, chaque fois. Si vous envoyez des cartes, envoyez des cartes militaires. Les vues marchent très mal comme correspondance, pour nous surtout. J’ai reçu une carte de Maman ce matin. Elle me dit ne pas avoir des nouvelles de Cyprien depuis le 4. Je tremble pour lui. Il a, j’espère, donné des nouvelles depuis. Ne l’aurait-il pas fait, il ne faudrait pas désespérer. Je crois que dans certains régiments, les postes ne marchent pas du tout.

Adieu, chère sœur. Je suis bien portant, ne t’inquiète pas. Du froid ou de la fatigue, c’est des choses secondaires. Les plus malheureux sont ceux qui y restent. Encore une fois adieu. Ton frère qui t’embrasse de tout cœur. Joseph.

(Lettre de Joseph à sa sœur. 30 septembre 1914)

 

14 mai 1917

Ma chère Marie, mes chers enfants,

Ce soir je n’ai pas eu le plaisir de te lire. Toujours santé parfaite. L’après-midi s’est très bien passée, de plus en plus tranquilles. Notre situation s’améliore donc. Demain matin au turbin de nouveaux. Il a plus un peu et le temps s’est rafraîchi un peu, et il a passé quelques jours très chauds. Aussi les arbres sont maintenant en feuilles, mais il y en a beaucoup aussi qui se ressentent de la guerre, quelques-uns sont complètement secs. Soignez-vous du mieux possible mes chéris et ne vous bilez pas, ca ne va pas trop mal. A demain le plaisir de te lire. Ma chère Marie, mes chers enfants, à tous trois, je vous fais beaucoup de bons baisers. Paul.

(Lettre de Paul Hérail à sa famille. 14 mai 1917)

Mardi 30 octobre 1917

Ma chère Marie, mes chers enfants,

Aujourd’hui pas de vos nouvelles, ce sera donc pour demain. Il a fait une vilaine journée, la pluie qui recommence. Et voilà je crois que la mauvaise saison s’annonce. Il ne fait pas très froid, c’est surtout l’humidité. Il a gelé un peu une nuit mais légèrement. Nous avons du feu dans les baraques, ayant du charbon. Il passe continuellement des trains de charbon à destination de la capitale, dit-on. Nous ne sommes pas très loin des mines. Nous sommes à 4 kilom. De Pernes, dans un petit village, mais en dehors des habitations. Enfin, cela va bien et nous sommes bien mieux qu’en Belgique. A demain, mes chéris. Je vous fais beaucoup de baisers.

(Lettre de Paul Hérail à sa famille. 30 octobre 1917)

 

 

 

Présentation

Bonjour à tous,

Dans le cadre du centenaire de la Première guerre mondiale, les élèves de Première Scientifique du lycée Louis Querbes (Aveyron) ont élaboré un Projet de collecte de documents sur 14-18 auprès des Aveyronnais, dans un but précis : raviver la mémoire des poilus.

Charlotte et Leslie sont chargés de la réalisation de ce blog qui permettra de mieux comprendre la vie des poilus aveyronnais durant la Grande Guerre.

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